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Jeudi 7 février 2008
Ca  va bientôt faire une semaine... c'était vendredi dernier... au Théâtre Marni... avec 2 amis, j'ai été voir "Manque" de Sarah Kane.

Une semaine... et j'écris seulement cet article aujourd'hui... Je pense que c'est le temps qu'il m'a fallu pour digérer tout ça en fait...
"Manque"... Sarah Kane... le genre de pièce et le genre d'auteur qui ne vous laisse pas indifférent, qui secoue, qui remue, qui perturbe beaucoup...

"Les personnages se nomment A, B, C et M, ce sont deux hommes et deux femmes. Ils sont dans un lieu que rien ne définit précisément et, lorsqu'ils commencent à parler, on ne sait pas qui ils sont, s'ils se parlent les uns aux autres ou chacun pour soi, s'il existe des relations entre eux ou s'il s'agit d'un groupe formé par le hasard. Peu à peu, au travers de phrases isolées et de dialogues décousus, d'invocations et d'histoires fragmentaires, finit par se dégager tout un réseau de motifs qui laissent deviner les contours d'une mosaïque biographique.
Il s'agit de l'histoire d'une jeune femme dont l'existence est marquée par l'incapacité à vivre la proximité avec les autres, le désespoir de l'échec amoureux et l'aspiration à se délivrer des contraintes oppressantes de la biographie individuelle. On suit ce travail de mémoire des personnages et l'on reconstruit par associations les blessures d'une enfance traumatisée. Différents niveaux de conscience se superposent comme dans le rêve, et des personnages du passé prennent forme par moments dans les personnages présents en scène. On regarde l'abîme des relations humaines et l'on voit se dégager l'image complexe d'une psyché dont la seule issue semble bien être la dissolution du moi dans la mort.
"

"Il s’agit d’une pièce sans personnage, sans représentation « réaliste » : c’est un texte musical. Les musiciens tiennent le quatuor pour la plus difficile et la plus noble des compositions. Crave (Manque) est un quatuor. Une polyphonie dans l’espace, organisée selon une cadence et des thèmes très nets, le tout d’une extrême précision. Sarah Kane se tient au plus proche d’elle-même. « Parce qu’il est dans la nature même de l’amour de désirer un avenir. » écrit-elle, Crave est le chant de ce manque, un creux infini où l’espoir est devenu gouffre. Crave est un chant, unique.

"On ne sait rien des circonstances de leur rencontre. Ces quatre-là ne se parlent pas. Chacun est isolé. Seul perce leur désir commun de mourir. Par moments, le dialogue coince dans une dialectique absurde. Il n'y a pas de situation, il n'y a plus de dialogue, ne reste qu'un choeur aussi étrange qu'abstrait :
"C : Non./ M : Si./ B : Non./ A : Si./ B : Non./ C : Non./A : Si./ un temps/ B : Non./ C : Non./M : Si./ B : Non. C : Non. / A : Si /M : Si. C pousse un cri bref d'une syllabe/ un temps/ C pousse un cri bref d'une syllabe/ B pousse un cri bref d'une syllabe/ M pousse un cri bref d'une syllabe/ B pousse un cri bref d'une syllabe/ A pousse un cri bref d'une syllabe/ M pousse un cri bref d'une syllabe/ C pousse un cri bref d'une syllabe/ un temps". Le dialogue se réduit à sa plus élémentaire expression, un cri bref d'une syllabe comme un dernier souffle de vie."


Voilà bien le point le plus important de cette pièce... le cri... le cri qui certains poussent, que d'autres retiennent indéfinément, ce cri qui nous étouffent parfois... ou nous libèrent...
Ce cri qui survient parce qu'on se rend compte à quel point on est seul... et à quel point on est nombreux dans ce cas...
Manque... un profond cri de désespoir... empli de la violence que nous impose le monde... empli de la violence et de la souffrance de la solitude... celle qu'on ne veut pas toujours voir ni entendre...
Ici, elle nous explose en pleine figure...
Et je dois avouer que la mise en scène était très efficace!!!!
J'étais mal en sortant de cette pièce... de ce moment où tout part dans tous les sens, les mots, les cris, la lumière... seule sur ma chaise... dans cette salle de théâtre immense... parmi les autres spectateurs... aussi seuls que moi!
Malmenée par les acteurs... par leurs mots... par Sarah Kane et son cri de manque!!!
Malmenée par mon esprit et ses divagations... par ses phrases mises en exergue qui résonnent en moi comme des sentences moqueuses... par ses évidences sur ma solitude que je ne veux pas admettre...

Le verre dans le pub irlandais blindé de monde et de musique était indispensable suite à cela... pour moi... pour mon bien-être... pour mes illusions salvatrices...


Manque...

Copie-de-image_MANQUE_sfw.jpg

Un extrait que j'ai beaucoup aimé... sans savoir vous expliquer pourquoi... ni le contexte... ni le pourquoi de cet enchaînement de phrases... peut-être que c'est une définition de l'amour tel que je voudrais qu'il soit... peut-être que c'est justement tout ce qui me fait peur...
peut-être que...
en tous cas...
Juste que...
J'ai été marquée...

"Et je veux jouer à cache-cache et te donner mes vêtements et te dire que j'aime bien tes chaussures et m'asseoir sur les marches pendant que tu prends ton bain et te masser le cou et t'embrasser les pieds et te tenir la main et sortir dîner sans m'énerver quand tu manges dans mon assiette et te retrouver au Rudy's et te parler de la journée et taper ton courrier et te porter tes affaires et rire de ta paranoïa et te donner des cassettes que tu n'écoutes pas et regarder des films géniaux et regarder des films nuls et me plaindre de la radio et prendre des photos de toi quand tu dors et me lever pour aller te chercher du café et des bagels et des feuilletés et aller au Florent boire un café à minuit et te laisser me voler mes cigarettes sans jamais être fiche de trouver une allumette et te parler du programme que j'ai vu la veille à la télé et t'emmener à la clinique des yeux et ne pas rire à tes blagues et avoir envie de toi le matin mais te laisser dormir et t'embrasser le dos et te caresser la peau et te dire comme j'aime tes cheveux tes yeux tes lèvres ton cou tes seins ton cul ton...
et fumer assis sur les marches jusqu'à ce que ton voisin rentre et fumer assis sur les marches jusqu'à ce que tu rentres et m'inquiéter quand tu es en retard et m'émerveiller quand tu es en avance et te donner des tournesols et aller à ta fête et y danser à en devenir bleu et me trouver désolé quand je suis dans mon tort et heureux quand tu me pardonnes et regarder tes photos et désirer t'avoir toujours connue et entendre ta voix dans mon oreille et sentir ta peau contre ma peau et avoir peur de tes colères quand tu te retrouves un oeil tout rouge et l'autre bien bleu, les cheveux du côté gauche et ton visage qui prend un air oriental et te dire que tu es splendide et te serrer contre moi quand tu es anxieuse et t'étreindre quand tu as mal et te vouloir rien qu'à sentir ton odeur et te blesser quand je te touche et gémir quand je suis à tes côtés et gémir quand je ne le suis plus et bavoter entre tes seins et te recouvrir dans la nuit et avoir froid quand tu tires la couverture et chaud quand tu ne le fais pas et m'attendrir quand tu souris et fondre quand tu ris et ne pas comprendre pourquoi tu penses que je te rejette quand je ne te rejette pas et me demander qui tu es mais t'accepter de toutes façons et te parler du garçon arbre et ange à la fois de la forêt enchantée qui a traversé l'océan parce qu'il t'aimait et t'écrire des poèmes et me demander pourquoi tu ne me crois pas et éprouver un sentiment si profond que je ne trouve pas les mots pour l'exprimer et avoir l'idée de t'acheter un chaton et j'en serais jaloux parce que tu t'occuperais plus de lui que de moi et te garder au lit quand tu dois t'en aller et pleurer comme un bébé quand tu finis par le faire et me débarrasser des cafards et t'acheter des cadeaux dont tu ne veux pas et que je remballe comme d'habitude te demander en mariage pour que tu me dises non comme d'habitude et que je recommence malgré tout parce que même si tu penses que je ne le souhaite pas pour de bon c'est exactement ce que je veux depuis ma toute première demande et errer dans la ville en trouvant que sans toi elle est vide et vouloir ce que tu veux et me dire que je me perds mais tout en sachant qu'avec toi je suis en sûreté et te raconter ce que j'ai de pire et te donner ce que j'ai de mieux parce que tu ne mérites pas moins et répondre à tes questions quand j'aimerais autant pas et te dire la vérité quand je n'y tiens pas et chercher à être honnête parce que je sais que tu préfères et me dire tout est fini mais tenir encore dix petites minutes avant que tu ne me sortes de ta vie et oublier qui je suis et chercher à me rapprocher de toi parce que c'est beau d'apprendre à te connaître et ça mérite bien un effort et m'adresser à toi dans un mauvais allemand et en hébreu c'est encore pire et faire l'amour avec toi à trois heures du matin et peu importe peu importe peu importe comment mais communiquer un peu de... l'irrésistible immortel invincible inconditionnel intégralement réel pluri-émotionnel multispirituel tout-fidèle éternel amour que j'ai pour toi."





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