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Vendredi 14 septembre 2007



"Cet été la presse des EU s’interrogeait. La recrudescence des suicides chez les jeunes est-elle due aux précautions nouvelles des prescripteurs d’antidépresseurs ? Les adjuvants alimentaires causent-ils une augmentation de l’hyperactivité ? Le monde contemporain est ainsi confronté à des phénomènes épidémiques divers qui sont sujets à des tentatives de corrélation. La corrélation est une source toujours renouvelée de production de savoirs baroques ; par exemple, on a pu démontrer un lien entre la dérive des continents et certaines activités humaines. Cela se résume à l’expression populaire : « cela doit avoir un rapport ». La parole permet cela, tout peut venir résonner avec tout, en évitant de penser ce qui n’a pas de rapport.

Le savoir aujourd’hui, y compris celui des sciences, apparaît bien fragile. Il faut dire que quelque chose a changé depuis Gutenberg qui avait permis d’identifier le savoir et l’écrit. Maintenant il y a aussi Google et sa bibliothèque. Chacun s’inquiète de la fragilité des savoirs et même souvent à juste titre de leur perte et de leur disparition, voire de leur démolition ou du fait que certains voudraient s’en saisir via la numérisation généralisée des ouvrages. On s’avise donc qu’il n’y a pas que les espèces qui sont en voie de disparition mais aussi que certains savoirs sont des chefs d’œuvres en péril. Pour que le savoir existe et continue d’exister il faut des sujets qui le « supportent ». De vrais lecteurs par exemple. Ceux qui lisent la plume à la main. Le sujet du savoir sait lire.

Le savoir commence en général par un qui l’invente. Les mathématiques  sont un domaine où le savoir reste assez consistant et résistant. Récemment, au Congrès des mathématiciens de Madrid en 2006, la planète a retenu son souffle pour écouter Grigori Perelman démontrer  la fameuse conjecture de Poincaré, conjecture qui attendait cette solution depuis 1904. Cette découverte devrait nous permettre de mieux définir la forme de l’univers et aussi d’avancer dans un domaine que Lacan appréciait : la topologie. Hamilton, un autre mathématicien qui avait préparé la trouvaille de Perelman pendant une partie notable de sa vie,  ajouta ce jour là comme le note Donal O’Shea dans son livre paru en français sur ce thème : «  J’avais gratté avec les ongles pour le prouver dans quelques cas ; maintenant je n’aurai plus jamais à me soucier de ça ».

Jacques-Alain Miller  remarquait dans son dernier Cours de 2007 que la psychanalyse  ne proposait pas un amour intellectuel de ce sujet supposé savoir  qu’est Dieu, mais plus modestement qu’elle ouvrait sur « l’amour pour une femme ». Dieu a la vie dure surtout si on se met à le faire parler comme c’est le cas encore aujourd’hui hélas, en ce début septembre.

La psychanalyse apprend à être attentif à ce qui ne parle pas chez l’autre, ce qu’incarne assez bien une femme. Une femme saisit très vite qu’un discours laisse ou non une place pour ce qui ne parle pas. Ceux qui ne parlent pas sont parfois aussi, différemment, qualifiés d’autistes. Rosine et Robert Lefort récemment décédés ont consacré une grande part de leur vie d’analystes à entrer en conversation avec les dits « autistes » et même à chercher chez les sujets les plus divers quelle était leur part « d’autisme », soit le point où ils se trouvaient sans mots, sans le recours d’aucun Autre. L’autiste est un sujet qui se retrouve, comme l’écrivaient ces auteurs dans La Distinction de l’autisme, « face à une parole qui fait réel faute de faire langage ». Le sujet analysé est supposé savoir ce qu’est cette parole, une parole de cet ordre qui fait réel et qui permet de saisir le défaut du langage. Ainsi l’analysé est celui qui peut tenter d’entrer en  conversation avec l’autisme d’un sujet."



Ce texte, que je n'ai pas hésité à vous retranscrire ici, est l'éditorial de "La Lettre en ligne" de l'école de la cause freudienne...
La psychanalyse... je ne connais rien qui me stimule autant intellectuellement parlant...
J'adhère à 100%... sans modération, ni retenue...
C'est peut-être excessif... je prendrai du recul quand je l'aurai étudié de fonds en combles...

L'école de la cause freudienne... allez y faire un ptit tour... surtout si vous n'avez aucune idée de ce qu'est l'orientation lacanienne... ;-)

ajouter un commentaire commentaires (1)    publié dans : drosera
 
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