Fenêtre ouverte...

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Mercredi 2 mai 2007

 

Aujourd'hui, je voudrais vous faire part d'une lettre ouverte de Patrick Declerck à Monseigneur Léonard, archevêque de Namur. Bien évidemment, cette lettre ouverte fait suite à l'interview accordé par l'homme d'église au Télémoustique, celle-là même qui a suscité la polémique...

Je ne compte par revenir sur l'interview elle-même ici... mais pour ceux qui le désirent... vous la trouverez ici!!!

Mais avant de vous laisser savourer cette réplique cinglante, je voudrais quand même vous présentez quelque peu M. Declerck... avant tout, il est philosophe, anthropologue et psychanalyste... mais c'est surtout un homme engagé, un homme en colère et un homme qui n'hésite pas à dénoncer, à pointer du doigt les dérives de notre société... comme dans son dernier ouvrage... il a un parlé franc, sans détour et n'hésite pas à bousculer nos bonnes consciences paisibles...

un homme que j'admire beaucoup... particulièrement pour cette enquête et ce travail exceptionnel qu'il nous livre dans "Les naufragés"...  bouquin que je vous conseille ardemment...!!!!

 

mais je préfère lui laisser la parole...

 

 

Carte Blanche / Le soir Lundi 16 avril 2007

 

"Lettre ouverte à Monseigneur Léonard

Monseigneur, le psychanalyste que je suis a lu avec un amusement affligé, la longue interview que vous avez cru bon d'accorder à l'hebdomadaire Télémoustique du 7 avril. Vous y exposez vos opinions relatives à une série de questions dites de société: divorce, avortement, préservatif, homosexualité, etc.

La liste de vos non-sens est longue, bien trop longue, pour que je puisse m'attarder ici, à vous répondre point par point. Je ne choisirai dans cet inventaire d'absurdités que deux thèmes: le préservatif et l'homosexualité.

Vous dénoncez l'usage du préservatif d'abord en raison de son efficacité relative. "Fiable, dites-vous, seulement à 90 ou 95%" et, vous soulignez "les échecs à l'usage: glissement, rupture, porosité". Pour se prémunir du sida, vous saluez "la fidélité et la sobriété dans les relations sexuelles, comme on la préconise en Afrique". Et vous concluez par un étonnant glissement du factuel à l'éthique (mais votre rhétorique est toute faite de glissements insidieux): "le préservatif est un moindre mal, mais un mal quand même". Sur la fiabilité relative du préservatif, vous avez, n'en déplaise à certains militants, en gros raison: oui, il y a des erreurs d'utilisation, oui, il arrive qu'ils se déchirent, non, les préservatifs ne protègent pas du sida à 100%. Il serait objectivement faux et éthiquement criminel de prétendre le contraire. De même qu'il est, Monseigneur, logiquement idiot et tout aussi éthiquement criminel de prendre prétexte du (très faible) taux d'échec des préservatifs, pour conclure à leur inutilité, en déconseiller l'emploi, et les stigmatiser de je ne sais quel moralisant "moindre mal, mais mal quand même"...

Quant à "la fidelité et la sobriété... comme on le préconise en Afrique", honte à vous, Monseigneur. Mesurez-vous, apôtre de mort, l'atroce responsabilité de votre Eglise dans les millions de victimes, hommes, femmes, enfants, nouveau-nés, du sida en Afrique et ailleurs, dans ce tiers-monde assez naïf encore pour accorder à vos répugnants préceptes le moindre crédit? S'il est un mal, Monseigneur, et non des moindres celui-là, c'est dans votre fanatisme dément, dans votre haine et votre terreur de la sexualité et du plaisir charnel, dans votre suffisance et votre irresponsabilité néocoloniale, qu'il se loge. Mais il est vrai, j'oubliais, que pour la plus grande gloire de votre Dieu, vous et votre caste préférerez toujours un nourrisson sidéen à un foetus avorté...

Continuons. Vous définissez votre position sur l'homosexualité en expliquant que vous avez :"la même que Freud: c'est un stade imparfaitement développé de la sexualité humaine (...) Les homosexuels ont rencontré un blocage dans leur développement psychologique normal, ce qui les rend anormaux".

Prudence, Monseigneur, prudence! En appeler au père fondateur de la psychanalyse qui pensaient des religions qu'elles étaient des délires de l'humanité, pour justifier vos navrantes confusions, me semble audacieux, pour ne pas dire franchement suicidaire.

D'abord parce que ce que vous dites là, n'est qu'une vague caricature de la pensée psychanalytique sur le sujet: l'homosexualité, une sorte d'infatilité sexuelle? Si l'on veut, mais la même chose, avec milles variations, peut se dire de toute névrose, cela en soi ne nous mène à rien. Ensuite, parce que cette discussion n'a aucun sens en dehors du contexte d'une théorie particulière du devenir des pulsions, et que dans tous les cas, les notions de normalité et d'anormalité ici en cause (pour autant qu'elles aient une signification quelconque) se situent à des années-lumière tant de toute conception de normativité sociale, que - pire encore - du sadique partage entre normalité et monstruosités psychiques dont vous impliquez sournoisement la fausse évidence.

Enfin, parce qu'avoir recours à toute prétendue lecture psychanalytique pour justifier une quelconque position catholique relative à la sexualité en général et à l'homosexualité en particulier, attire inévitablement l'attention de cette même lecture sur la personne de Jésus lui-même. Jésus, ce jeune homme tellement terrifié à la perspective de la réalité du conflit oedipien qu'il lui fallut aller jusqu'à s'halluciner un père céleste. Père céleste auquel pour plaire enfin, il alla, pauvre fou, jusqu'à se persuader qu'il lui fallait sacrifier jusqu'à la vie. En voilà de la soumission homosexuelle symbolique au père!

La paille et la poutre, Monseigneur... Croyez-moi, à l'avenir, évitez de vous frotter à la psychanalyse. Vos anges toujours s'y brûleront leurs ailes de carton.

Que conclure de tout ceci? Qu'à travers vos propos, une nouvelle fois le catholicisme se dévoile et apparaît pour ce qu'il est, c'est-à-dire un culte de l'antivie et du fané, un goût particulier pour les arrières-monde et la tombe, une nécrophilie dernière. Et que l'immaturité profonde, les obsessions sexuelles pérennes, et peut-être le tragique, des monothéismes (car le catholicisme n'a pas l'exclusivité de ces folies) relèvent de leur incapacité foncière à penser l'essence du mal autrement que comme l'appréhende précisément l'enfant, c'est-à-dire comme une transgression confusément liée aux fonctions reproductrices et excrétoires. Aussi les succédanés d'éthiques des trois religions du Livre ne s'élèvent-elles jamais bien longtemps au-dessus du morne horizon de la couche-culotte...

Il me reste, tout de même, Monseigneur, à solliciter votre indulgence, non pour moi bien sûr, mais pour les braves gens, assez égarés, assez écrasés par l'inexorable poids du vivre et du mourir, assez affolés par la nuit qui les entoure du berceau au linceul, assez crédules pour se laisser prendre encore au vieux canular éventé de la soi-disant sagesse des Eglises de tous ordres et des autorités religieuses de toutes persuasions.

Pour ceux-là, peut-être un peu plus de compréhension, un doigt de relativité, une once de modestie, un brin de tolérance pour notre commune et claudicante humaine, trop humaine condition.

Ou alors, a minima, la réserve méditative et respectueuse du silence. Bref, Monseigneur, à défaut de pouvoir s'ouvrir, peut-être faudrait-il charitablement songer à la fermer..."

 par Patrick Declerck.

 

Rien à ajouter...

Si ce n'est un grand merci à mon cher paternel de m'avoir fait parvenir l'article... :-)

 

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